top of page

Le retour des déportés - 1945 - 2025 Épisode 1 : Le voyage du retour

Dernière mise à jour : 14 janv.


Une nouvelle saison pour notre blog

Avec ce premier épisode, nous ouvrons une nouvelle série intitulée « Le retour des déportés », publiée à l’occasion du 80ᵉ anniversaire du retour des survivants des camps de concentration et d’extermination nazis.


En cette fin d'année 2025 (et sur 2026), deux séries se répondent sur notre blog : d’une part Itinéraires dans les lieux de mémoire, consacrée aux sites de la Résistance et de la Déportation en Isère, et d’autre part cette nouvelle série, Le retour des déportés, publiée à l’occasion du 80ᵉ anniversaire du retour des survivants des camps de concentration et d’extermination nazis.


Ces deux parcours, complémentaires, racontent une même histoire : celle du courage, de la souffrance et de la reconstruction.

Nous explorons les lieux où la mémoire s’enracine, nous suivons ici les pas de ceux qui sont revenus — épuisés, meurtris, souvent méconnaissables — dans un monde qui ne savait plus très bien comment les accueillir, tout en n’oubliant jamais les innombrables autres qui ne revinrent jamais des camps et dont l’absence demeure gravée dans notre mémoire.


En mai 1945, l’Allemagne capitule et les camps sont libérés. Mais pour les survivants, l’épreuve est loin d’être terminée.


C’est pour cela que commémorer cet anniversaire est essentiel : non seulement pour honorer la mémoire des victimes, mais aussi pour comprendre ce que signifiait réellement « revenir » après l’enfer.

L’UNADIF 38 s’implique pleinement dans cette année de mémoire, par ses actions et par cette série d’articles.


 Photo Ouest France

Le voyage du retour

Le retour ne fut pas un cortège triomphal : il fut un périple chaotique, douloureux, marqué par l’incertitude et l’épuisement.

À la libération des camps, les rescapés furent d’abord rassemblés dans des zones de transit installées à la hâte par les armées alliées. Dans ces centres improvisés, médecins militaires, infirmières de la Croix-Rouge et bénévoles tentaient de sauver des vies en prodiguant les premiers soins.

Mais les moyens manquaient et l’urgence était immense : il fallait réhydrater, nourrir, traiter les infections, réchauffer des corps squelettiques que les privations avaient réduits à l’extrême.

Beaucoup moururent encore dans ces premiers jours de liberté, incapables de survivre à l’effondrement brutal de leurs forces.

Vint ensuite l’étape du rapatriement. Les convois se mirent en route, souvent dans une grande désorganisation. Des trains sanitaires traversaient l’Europe dévastée, parfois avec plusieurs jours d’arrêt dans des gares où l’on installait des hôpitaux de fortune.

Les wagons étaient sommairement aménagés : couchettes de bois, couvertures distribuées au compte-gouttes, parfois sans chauffage ni hygiène minimale. Les malades graves étaient descendus pour être soignés dans des hôpitaux de campagne, retardant encore leur retour mais leur donnant une chance de survie.

Certains rentrèrent par camions militaires, d’autres par des avions sanitaires mis à disposition pour les cas les plus urgents.

Chaque étape devenait une épreuve : lutter contre le typhus, la tuberculose, la dysenterie ou simplement trouver la force d’attendre. Beaucoup de déportés n’avaient plus que quelques dizaines de kilos sur la balance et devaient être portés ou soutenus pour monter dans les convois.

À mesure que ces trains ou camions progressaient vers la France, les populations civiles se pressaient le long des voies et des routes pour acclamer les libérés. On distribuait des fleurs, du pain, parfois quelques vêtements.

Mais si l’accueil était chaleureux, il ne pouvait effacer l’abîme d’épuisement et de douleur que les survivants portaient en eux.

Ce voyage du retour, commencé dans la délivrance, se transforma vite en un long parcours de survie, entre vie et mort, entre espoir et incertitude.

 

Le passage par l’hôtel Lutetia

Pour les rescapés français, le point névralgique de ce retour fut l’hôtel Lutetia à Paris. Transformé en centre d’accueil, il devint le lieu des retrouvailles… et des déchirures.

Ceux qui franchissaient ses portes y trouvaient parfois une mère, un frère, un conjoint qui les attendait depuis des mois.

Mais d’autres découvraient l’absence irrémédiable, le deuil encore suspendu. Le Lutetia fut à la fois un espace d’humanité et de réconfort, et un lieu de douleur abyssale.

Les témoignages de l’époque soulignent cette ambivalence : certains évoquent la chaleur des volontaires qui distribuaient du café, des vêtements, des couvertures. D’autres rappellent l’indifférence, voire l’incompréhension, d’une société qui peinait à saisir l’ampleur du drame vécu.


À leur retour, beaucoup de déportés se sentirent étrangers dans leur propre pays.


 Photo "Chemin de mémoire"

Le retour à Grenoble et en Isère

Pour de nombreux déportés originaires de l’Isère et de Grenoble, le retour passait inévitablement par ce centre de tri parisien, avant de reprendre la route vers les Alpes. Des convois ferroviaires descendaient vers Lyon, puis Grenoble.

La gare de Grenoble vit ainsi arriver, au fil des semaines, des rescapés que leurs familles attendaient dans l’angoisse, scrutant les listes publiées par la Croix-Rouge et les journaux.

Les scènes qui s’y déroulaient étaient souvent déchirantes : retrouvailles empreintes de larmes, mais aussi silences lourds face à l’absence des disparus.

Certains revenants étaient accueillis par des parents qui ne les reconnaissaient pas, tant leur maigreur et leur état de santé étaient effroyables.

D’autres arrivaient sans famille pour les attendre : leurs proches avaient disparu dans les camps, ou avaient été exécutés durant l’Occupation.


Parmi ces survivants revenus à Grenoble, citons :

  • Pierre Gascon, résistant arrêté avec son père, déporté à Buchenwald. Marqué à vie par son expérience, il consacra son existence à témoigner auprès des jeunes générations. Son père, lui, mourut à Dora.

  • Auguste Celse, figure de la Résistance iséroise, déporté à Buchenwald-Dora, qui porta longtemps la mémoire de ses camarades disparus. Le 11 novembre 1943 à Grenoble, il participe à la manifestation patriotique organisée par la Résistance devant le monument des Diables bleus. Il est interné à la caserne de Bonne avant d'être déporté.

  • Vincent Malerba (1925-2025), arrêté pour faits de Résistance, déporté à Dachau, revenu extrêmement affaibli mais resté fidèle à la transmission de son histoire. Il a tout juste 18 ans lorsqu'il est arrêté le 11 novembre 1943 à Grenoble. Ce jour-là, malgré l'avis de ses parents, Vincent participe à une manifestation patriotique réunissant 2 000 Grenoblois, défiant ainsi l'occupant nazi. Arrêté avec près de 400 autres manifestants, il est interné à la caserne de Bonne avant d'être déporté.

  • .......

  • D’autres encore, comme Marie Reynoard, René Mauss, Edmond Gallet et tant d’autres, ne revinrent jamais des camps. Leurs noms résonnent encore aujourd’hui dans nos rues, nos établissements scolaires, nos monuments… et dans nos cœurs.


Ces hommes et ces femmes incarnent la réalité du retour à Grenoble : celle de corps brisés, mais de volontés demeurées intactes pour témoigner, reconstruire, et rappeler que la liberté avait été payée d’un prix immense.


Une mémoire à faire vivre

Ce voyage du retour n’est pas qu’un déplacement géographique : c’est aussi le début d’un chemin intérieur, long et difficile, vers la reconstruction.

Dans les prochains épisodes, nous aborderons les corps brisés, les esprits en ruine, et les épreuves qui attendaient les survivants une fois franchie la frontière de leur pays.

 

Rendez-vous pour l’épisode 2

Dans notre prochain épisode, « Les corps en ruine », nous évoquerons l’état physique dramatique des rescapés : maladies, amaigrissement extrême, et les premiers soins qui permirent à certains de survivre malgré tout.


« On peut survivre à l’enfer, mais il faut encore apprendre à renaître. »


Vous voulez participer à cette saison, apporter des informations complémentaires, des témoignages, des modifications sur un article ... contactez-nous


Participez, vous aussi, pour faire vivre la mémoire !

Vous souhaitez partager une initiative qui fait vivre la mémoire, une commémoration locale, un projet mené avec des jeunes, ou encore une action de solidarité qui unit les générations autour du souvenir ?

👉 Envoyez-nous votre article, vos photos ou vos témoignages à : contact@unadif38.frNous serons heureux de les publier sur le blog de l’UNADIF 38 afin de faire connaître et partager ces actions qui entretiennent la flamme du souvenir et la transmission entre générations.



2 commentaires


Ariel Rétoré
11 déc. 2025

Merci Philippe pour cet article et pour l’ensemble du travail de rédaction.

J'aime
Equipe unadif38.fr
16 déc. 2025
En réponse à

Merci Ariel pour ton retour encourageant, il récompense le travail de rédaction mené par l’équipe de l’UNADIF 38 au service de l’association.

J'aime
bottom of page