top of page

Sur les traces de la Résistance et de la déportation : "Itinéraires dans les lieux de mémoire" Episode 5 : Le plateau des Glières

Dernière mise à jour : 8 janv.


En cette fin d’année 2025 (et sur 2026), notre blog alterne volontairement deux saisons de publication qui se répondent et se complètent.

D’un côté, Itinéraires dans les lieux de mémoire, consacrée aux sites emblématiques de la Résistance et de la Déportation ; de l’autre, la série Le retour des déportés, publiée à l’occasion du 80ᵉ anniversaire du retour des survivants des camps de concentration et d’extermination nazis.

Ces deux parcours racontent une même histoire : celle du courage, de l’engagement, de la souffrance et de la reconstruction.

C’est dans ce cadre que s’inscrit ce nouvel épisode de Sur les traces de la Résistance et de la Déportation – Itinéraires dans les lieux de mémoire :


Épisode 5 : Le plateau des Glières.

Après la maison du docteur Dugoujon (épisode 4) et l’arrestation tragique qui affaiblit durement la Résistance, notre itinéraire de mémoire nous conduit aujourd’hui vers les montagnes de Haute-Savoie.

Le Plateau des Glières, isolé et difficile d’accès, fut choisi comme lieu de rassemblement pour les résistants chargés de réceptionner les parachutages d’armes destinées à l’Armée secrète.

Là, dans des conditions extrêmes, des hommes venus d’horizons différents se sont unis autour d’un même idéal : défendre la liberté et préparer la libération de la France. Leur héroïsme et leur sacrifice font du Plateau des Glières un symbole fort de courage et de fraternité.


Photo : ©Rue des Archives/Tallandier
Photo : ©Rue des Archives/Tallandier

Le plateau des Glières : un symbole de la Résistance alpine

En Haute-Savoie, à 1 400 mètres d’altitude, le plateau des Glières s'étend entre forêts, pâturages et falaises.

C’est ici qu’en mars 1944, des centaines de maquisards, regroupés sous la bannière du Conseil National de la Résistance, tinrent tête à l'armée allemande et à la milice française, dans un combat aussi inégal qu’héroïque.

Ce site, choisi pour sa relative isolation et la possibilité d'y recevoir des parachutages alliés, est devenu un haut lieu de mémoire.

Le "Groupe Franc des Glières", composé de résistants venus de divers horizons (communistes, gaullistes, FTP, paysans, réfractaires au STO...), fut commandé par le lieutenant Théodose Morel, dit "Tom", tombé au combat peu avant l’assaut final.


Un combat inégal : les grandes étapes du maquis des Glières

L’histoire du plateau des Glières s’inscrit dans l’hiver 1943-1944. Face à l’intensification de la répression et à la montée en puissance des réseaux de Résistance, le général de Gaulle charge les Forces françaises libres d'organiser un point de ralliement pour les parachutages alliés en Haute-Savoie.

Le plateau des Glières, isolé mais accessible par les airs, est choisi.

Le 31 janvier 1944, environ 120 maquisards prennent position sur le plateau, encadrés par des officiers aguerris comme Tom Morel, issu de l’armée d’active. Le groupe s'organise militairement : tranchées, sentinelles, relais d'approvisionnement, et surtout, discipline et cohésion, malgré la diversité des parcours politiques.

Le 10 mars, après plusieurs semaines de préparation, de froid intense et de tension, les parachutages d’armes anglaises tant attendus commencent. Mais la réaction ennemie ne tarde pas. La milice française, puis les troupes allemandes (environ 5 000 hommes au total), déclenchent une vaste opération d'encerclement entre le 20 et le 26 mars.


Le 23 mars, Tom Morel tombe dans une embuscade tendue par la milice à Entremont. Il est remplacé par le lieutenant Maurice Anjot, qui reprend le commandement. À partir du 26 mars, les combats s’intensifient : mitrailleuses, canons, neige et chaos. Le 27 mars, les résistants décrochent dans la nuit, pour éviter l’anéantissement. Une grande partie réussit à s’échapper par les cols enneigés, mais plusieurs dizaines de maquisards sont tués ou capturés, certains seront torturés puis fusillés à Annecy ou ailleurs.

Malgré cette défaite militaire, l’épisode des Glières devient un symbole fort de résistance et de courage. C’est la première fois en zone occupée qu’un groupe armé français revendique ouvertement le combat contre l’ennemi, sous commandement unifié, avec l’appui des Alliés.


Un monument pour la mémoire

Érigé en 1973 par l’artiste Émile Gilioli, le monumental "croissant de granit" qui domine le plateau n’est pas une simple sculpture : c’est une stèle ouverte sur le ciel, une blessure dans la pierre, une promesse d’engagement et de vigilance. Il porte l’inscription de la devise choisie par les maquisards :“Vivre libre ou mourir.”



Photos : wikimedia commons


Un site vivant, au cœur du devoir de mémoire

Chaque année, en mars, des cérémonies rassemblent anciens combattants, familles de résistants, élus, citoyens et scolaires pour rendre hommage à ceux qui ont combattu ici pour la liberté. Le parcours historique sur le plateau, la Maison du plateau et ses expositions permanentes permettent de prolonger l’émotion par la compréhension.

Visiter les Glières, c’est marcher sur les traces des combattants de l’ombre, c’est se laisser gagner par le silence des sapins, par la rudesse du vent, par l’écho des mots de ceux qui, malgré la peur, ont dit non.


Infos pratiques pour les visiteurs

  • Le site est accessible depuis Thorens-Glières ou Le Petit-Bornand-les-Glières. Une route de montagne y mène (prudence en hiver).

  • La Maison du plateau (ouverte du printemps à l'automne) propose une exposition permanente et des visites guidées.

  • Des parcours balisés permettent de rejoindre les principaux lieux historiques.

  • Prévoir de bonnes chaussures, le plateau se mérite à pied.


Un lieu de mémoire à transmettre

Le plateau des Glières n’est pas figé dans le marbre. Il continue de vivre, dans les cœurs, dans les récits, dans les engagements citoyens d’aujourd’hui. Pour celles et ceux qui cherchent à comprendre ce qu’a été la Résistance – et ce qu’elle peut encore nous apprendre – Glières est une étape essentielle.


Dans notre prochain épisode, nous quitterons les hauteurs du Plateau des Glières pour rejoindre un lieu marqué par l’innocence brisée : la maison d’Izieu.

C’est là qu’étaient rassemblés des dizaines d’enfants juifs, accueillis pour être protégés. Leur arrestation et leur déportation en avril 1944 restent l’un des drames les plus poignants de la Seconde Guerre mondiale en France.


« Se souvenir des enfants d’Izieu, c’est rappeler que la mémoire ne protège que si elle se transmet. »


Participez, vous aussi, pour faire vivre la mémoire !

Vous souhaitez partager une initiative qui fait vivre la mémoire, une commémoration locale, un projet mené avec des jeunes, ou encore une action de solidarité qui unit les générations autour du souvenir ?

👉 Envoyez-nous votre article, vos photos ou vos témoignages à : contact@unadif38.fr

Nous serons heureux de les publier sur le blog de l’UNADIF 38 afin de faire connaître et partager ces actions qui entretiennent la flamme du souvenir et la transmission entre générations.



4 commentaires


Chantal
18 déc. 2025

Merci Philippe pour ces articles toujours très intéressant .

J'aime
Philippe
18 déc. 2025
En réponse à

Merci Chantal pour ton retour encourageant. Ces lieux de mémoire méritent d’être partagés et transmis, et ton message y contribue.

J'aime

Invité
18 déc. 2025

Dès que cela me sera possible, il faudra que je me rende sur ce plateau des Glières.

Merci encore Philippe pour cet article et rappel de l'histoire que nous avons en héritage.

J'aime
Equipe Unadif38.fr
18 déc. 2025
En réponse à

Merci beaucoup pour ce message. Le plateau des Glières est en effet un lieu qui marque durablement, et nous sommes heureux si cet article donne envie de s’y rendre et de s’y souvenir.

J'aime
bottom of page