Sur les traces de la Résistance et de la déportation : "Itinéraires dans les lieux de mémoire" Episode 6 : La Maison des enfants d’Izieu
- Marie-Armelle FOUILLARD

- 7 juil.
- 5 min de lecture

Après une pause de quelques semaines, notre série « Itinéraires dans les lieux de mémoire » est heureuse de retrouver ses lecteurs pour les deux derniers épisodes de cette première saison.
Depuis le début de ce parcours, nous vous invitons à (re)découvrir des lieux qui portent encore aujourd'hui les traces de la Résistance, de la Déportation et de la Seconde Guerre mondiale.
Derrière chaque monument, chaque stèle, chaque bâtiment ou paysage se cachent des destins humains, des actes de courage, des souffrances et des histoires qui constituent notre mémoire collective.
Pour cette reprise, nous vous emmenons à la Maison des enfants d'Izieu, un lieu unique où l'espoir d'une vie retrouvée s'est brutalement transformé en tragédie le 6 avril 1944. Plus qu'un simple lieu de mémoire, Izieu est devenu un symbole universel de l'innocence brisée, de la barbarie nazie et de la nécessité de transmettre cette histoire aux nouvelles générations.
Dans quelques jours, nous conclurons cette première saison avec un dernier itinéraire vers Oradour-sur-Glane, village martyr dont les ruines demeurent l'un des témoignages les plus saisissants des crimes commis contre les populations civiles.
Parce que ces lieux ne racontent pas seulement le passé, mais nous interrogent aussi sur notre présent et notre avenir, poursuivons ensemble ce devoir de mémoire.
Après le Plateau des Glières, haut lieu de combat et de fraternité, notre itinéraire de mémoire nous conduit vers un lieu d’innocence et de tragédie : la maison d’Izieu.
C’est ici que, pendant quelques mois, des enfants juifs trouvèrent refuge, protégés par des femmes et des hommes qui voulaient leur offrir une vie paisible malgré la guerre.
Aujourd’hui, la Maison d’Izieu est un lieu de mémoire et de transmission, qui rappelle le destin brisé de ces enfants et la nécessité de lutter contre l’oubli et l’indifférence.
Episode 6 : La Maison des enfants d’Izieu, un lieu très singulier à la fois havre de paix et fin tragique
Une colonie d'enfants pour réapprendre à vivre

Sabine et Miron Zlatin, résistants juifs venus de Montpellier, installent avec l’aide du sous-préfet de Belley, Pierre-Marcel Wiltzer, la « Colonie d’enfants réfugiés » au hameau de Lélinaz à Izieu, en toute légalité et dûment déclarée aux administrations. Ils ont accueilli entre mai 1943 et avril 1944 une centaine d’enfants de 4 à 15 ans environ. Certains ne sont restés que quelques semaines, le temps de trouver un hébergement, d’autres plusieurs mois.
Avec l’aide d’éducateurs présents sur place et de Miron Zlatin qui assure l’intendance (Sabine est restée à Montpellier pour continuer des opérations de sauvetage d’enfants, mais vient régulièrement au Domaine d’Izieu), les enfants réapprennent à vivre. Ils bénéficient d’une relative liberté et peuvent se promener dans le village, se baigner dans le Rhône aux beaux jours.

Et un lieu d’arrestation vers une mort certaine
Mais, en ce matin du 6 avril 1944 vers 8H30, alors que 45 enfants et 8 adultes prennent le petit-déjeuner, deux camions et une traction pénètrent dans la cour.
Les nazis surgissent et poussent enfants et adultes dans les camions. Un juif roumain, âgé de 30 ans échappe à la rafle en sautant d’une fenêtre.
Un enfant non juif de 8 ans, René Wucher, est relâché.
Le 6 avril au soir, Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon, envoie un télex signé de son nom à ses supérieurs de la Gestapo parisienne pour annoncer la liquidation de la colonie d'Izieu.
Tous seront déportés pour être exterminés dès leur arrivée.
Seule une adulte, Léa Feldblum, survit.
Sabine Zlatin, absente du lieu ce jour-là, survivra à la guerre.

Le jour de la rafle, Sabine Zlatin n’était pas à la maison d’Izieu. Elle s’était rendue à Montpellier pour y rencontrer des responsables de l’OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) et chercher des financements ainsi que des solutions pour disperser les enfants, car elle pressentait que le danger se rapprochait.
C’est cette absence qui lui a sauvé la vie.
👉 Son rôle après la guerre :
Elle a survécu et consacré sa vie à témoigner.
En 1987, elle fut l’un des principaux témoins au procès de Klaus Barbie à Lyon, où elle rappela avec force la tragédie d’Izieu. Un témoignage bouleversant : ses mots, portés par l’émotion, rappelaient la réalité de l’arrestation et du destin tragique des 44 enfants. Elle incarnait la douleur des familles anéanties
Comment cet évènement si tragique permet de juger Klaus Barbie pour crime contre l'humanité
Traqué et ramené en France par Beate et Serge Klarsfeld aidés de Fortunée Benguigui et Ita-Rosa Halaunbrenner, mères d’enfants raflés à Izieu, le procès de Klaus Barbie s’est déroulé en 1987 à Lyon.
Lors de l’instruction, Serge Klarsfeld retrouve en 1983 dans les archives du Centre de Documentation juive contemporaine (CDJC), le télex de Barbie rendant compte de la déportation des quarante-quatre enfants. Ce document a servi de pièce à conviction pour établir son entière responsabilité dans la déportation des enfants d'Izieu.

Un mémorial pour ne rien oublier
Sous l'impulsion de Sabine Zlatin et de Pierre-Marcel Wiltzer, ancien sous-préfet de Belley, l’association du « Musée mémorial des enfants d’Izieu » est officiellement créée le 4 mars 1988.
L’association a pour objectif d’ouvrir sur le site d’Izieu un mémorial à vocation pédagogique.
En juillet 1990, grâce à une souscription nationale, l’association acquiert la maison qui hébergea la colonie. Le président de la République, François Mitterrand, inscrit au programme des Grands Travaux le projet d’un musée dédié aux enfants d’Izieu.
Le mémorial est officiellement inauguré le 24 avril 1994 par François Mitterrand.
Le président Emmanuel Macron participe le 7 avril 2024 à la Commémoration du 80e anniversaire de la rafle et de la déportation des 44 enfants juifs et de leurs accompagnateurs de la colonie d'Izieu vers les camps de la mort.
Dans notre prochain et dernier épisode de cette première saison, nous irons à Oradour-sur-Glane, village martyr de la Seconde Guerre mondiale.
Les ruines figées d’Oradour nous parlent encore aujourd’hui : elles témoignent de la folie meurtrière nazie , mais aussi de la volonté de garder vivante la mémoire pour les générations futures.
« Oradour-sur-Glane rappelle que certaines blessures ne doivent jamais se refermer, pour que jamais elles ne se reproduisent. »
Retrouvez les 6 épisodes de la saison 1 :
Episode 1 : Le cimetière du père Lachaise
Episode 2 : La résistance dans le Vercors
Episode 3 : Lieux de résistance à Grenoble
Episode 4 : La maison du docteur Dugoujon
Episode 5 : Le plateau des Glières
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