Daniel Huillier nous a quittés - Hommage à un grand résistant, un grand témoin du Vercors
- Philippe BERG
- 26 déc. 2025
- 4 min de lecture

Daniel Huillier - Avril 2022 - Photo unadif 38
L’UNADIF 38 a perdu l’un de ses membres, mais surtout un ami, un homme de conviction et
de mémoire.
Daniel Huillier s’est éteint, laissant derrière lui le souvenir d’un résistant engagé dès
l’adolescence et d’un témoin infatigable de l’histoire du Vercors et de la Résistance française.
À 97 ans, Daniel Huillier faisait partie des derniers témoins directs de ces années où des
jeunes, parfois à peine sortis de l’enfance, ont choisi l’engagement, le risque et souvent le
sacrifice pour la liberté.
Un adolescent dans la Résistance
Daniel Huillier avait 15 ans lorsque la Seconde Guerre mondiale bouleversa définitivement
son existence. Issu d’une famille profondément engagée dans la Résistance – une famille de
transporteurs et de résistants – il rejoint naturellement son père et ses oncles dans le maquis
du Vercors.
Il participe alors à de nombreuses missions périlleuses : livraisons, transports liés aux
parachutages, acheminement d’équipements, ravitaillement en armes et en munitions.
« Nous étions comme une petite armée », racontait-il, évoquant son rôle au bureau civil du
maquis à Saint-Martin-en-Vercors.
Pour Daniel Huillier, la Résistance dans le Vercors commence tôt :« La Résistance a
commencé dans le Vercors fin 1940, début 1941 », rappelait-il souvent, soulignant
l’engagement progressif, déterminé et organisé de ces hommes et de ces femmes.
Juillet 1944 : survivre quand les autres tombent
Le sort du maquis du Vercors se scelle à l’été 1944. Le 23 juillet au soir, les troupes
allemandes prennent l’avantage et progressent sur l’ensemble du massif. Les menaces de la
Gestapo se font de plus en plus pressantes.
Daniel Huillier est alors rapatrié à Grenoble, chez ses grands-parents. Ce choix, imposé par
les circonstances, lui sauvera la vie.
Le 14 août 1944, sans le savoir, il échappe de peu à la mort.
« Quand je suis passé, j’ai vu des gars allongés et j’ai déguerpi », confiait-il.
Ce jour-là, vingt hommes sont massacrés à Grenoble par les Allemands. Ce n’est que plus tard qu’il apprendra qu’il s’agissait de résistants du Vercors, dont beaucoup étaient ses amis.
« Ils sont morts pour notre liberté », soufflait-il, la voix chargée de mémoire et d’émotion.
“Je me souviens de ceux que j’ai connus. Je les revois encore.”
Ces mots, Daniel Huillier les a prononcés en tant que président de l’Association nationale
Ils résument à eux seuls la profondeur de son engagement mémoriel.
Toute sa vie, il a refusé de se mettre en avant : « On n’a fait que notre devoir, c’est tout. »
À ceux qui l’interrogeaient sur la peur, il répondait simplement :
« Je n’ai jamais eu peur. On défendait notre peau, la peau de la France. »
Un regard lucide sur les commémorations
En avril 2024, à l’occasion des 80 ans de la Libération, Daniel Huillier avait accueilli avec
gravité la visite du président de la République (Emmanuel Macron) à Vassieux-en-Vercors.
Une première pour un président en exercice.
Mais pour lui, cette reconnaissance arrivait « trop tard ».
Non par amertume, mais par lucidité (source reportage Fr3 Alpes - 16 Avril 2024)
Lucidité d’un homme qui savait que le temps efface les témoins, et que la mémoire ne tient
que si elle est transmise, expliquée, portée.
Transmettre, encore et toujours
Daniel Huillier n’était pas seulement un ancien résistant. Il était un passeur. Un grand témoin,
conscient de la responsabilité qui lui incombait : raconter, témoigner, expliquer, sans jamais
céder à l’héroïsation facile, sans jamais oublier les absents.
Son parcours rejoint celui de tant d’autres femmes et hommes auxquels l’UNADIF 38 rend
hommage : ceux qui sont revenus, mais aussi ceux qui ne sont jamais revenus.
Prolonger le devoir de mémoire
Avec la disparition de Daniel Huillier, une voix s’éteint, mais son message demeure.
Il nous rappelle que la liberté n’est jamais définitivement acquise, que la Résistance ne fut pas une abstraction, mais une suite de choix, souvent tragiques, portés par des jeunes de 16, 18 ou 20 ans.
À l’UNADIF 38, il nous appartient de prolonger ce devoir de mémoire, de transmettre à notre tour aux jeunes générations, ces histoires vécues, ces visages, ces noms.
Pour que Daniel Huillier et ses frères d’engagement ne soient jamais réduits à des dates ou à des plaques, mais demeurent ce qu’ils ont toujours été : des femmes et des hommes debout, qui ont choisi la liberté.
L’UNADIF 38 adresse à sa famille et à ses proches ses pensées les plus sincères et reconnaissantes.
« On n’a fait que notre devoir. Ils sont morts pour notre liberté. »
Daniel Huillier
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Profonde tristesse et une très grande reconnaissance envers cet homme qui a marqué, avec sa famille, la résistance dans le Vercors qu'il chérissait tant. Un homme qui a su après la guerre, témoigner avec pudeur pour ses amis tombés au combat, un grand sportif qui aimait les défis et un entrepreneur avisé. Chapeau bas, Monsieur Huillier...On ne vous oubliera pas.
Avec la disparition de Daniel Huillier, c’est un témoin de la Résistance qui s’éloigne, et avec lui une part de cette jeunesse qui fit le choix de la liberté.
À Grenoble, Ville Compagnon de la Libération, son histoire résonne encore dans nos rues et nos montagnes.
J’ai eu l’honneur de le côtoyer au fil des cérémonies et des hommages ; il me racontait l’Histoire à travers la sienne, une histoire incarnée et profondément humaine.
Daniel Huillier portait le devoir de mémoire avec la conviction que la culture et l’éducation sont les remparts contre l’oubli. En lui rendant hommage, nous réaffirmons, comme élus et comme citoyens, notre responsabilité de transmettre cet héritage aux jeunes générations.
Pascal Clouaire
Vice-président de Grenoble Alpes…
Merci pour cet hommage à Daniel Huillier.
À travers ce témoignage, on mesure ce que des hommes très jeunes ont porté sur leurs épaules pour que nous puissions vivre libres aujourd’hui.
Ces récits sont essentiels : ils donnent un visage, une voix et une humanité à l’Histoire.
Daniel Huillier force le respect.
Par son parcours, sa modestie et la fidélité à ses camarades disparus, il incarne une Résistance vécue de l’intérieur, sans emphase ni mise en scène.