Commémoration du Groupe Manouchian à Échirolles - 22 février 2026
- Philippe BERG
- 22 févr.
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 févr.

Photo unadif38.fr
82ᵉ anniversaire de l’exécution de Missak Manouchian et des résistants FTP-MOI
Le dimanche 22 février 2026, la ville d’Échirolles a rendu un hommage solennel à Missak Manouchian et aux vingt-deux résistants étrangers du Groupe Manouchian, exécutés par les nazis le 21 février 1944 au Mont-Valérien.
Réunis au Monument aux morts, place de la Libération, élus, associations mémorielles, porte-drapeaux, associations arméniennes de l’agglomération et citoyens ont participé à une cérémonie empreinte de gravité, d’émotion et de transmission.
Un groupe emblématique de la Résistance étrangère
Le Groupe Manouchian appartenait aux FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée), une composante essentielle de la Résistance communiste.
Créés pour organiser la lutte armée des travailleurs immigrés, les FTP-MOI rassemblaient des résistants venus de toute l’Europe : Arméniens, Polonais, Italiens, Espagnols, Hongrois, Roumains, Juifs d’Europe centrale…
Tous avaient fui les persécutions, le fascisme ou la misère, et avaient trouvé en France une terre d’accueil et de combat.
Poète, ouvrier, intellectuel engagé, Missak Manouchian, réfugié arménien rescapé du génocide de 1915, devient en 1943 le responsable militaire des FTP-MOI de la région parisienne. Sous son commandement, le groupe mène de nombreuses actions spectaculaires contre l’occupant nazi et ses collaborateurs : sabotages, attaques de convois, attentats ciblés contre des officiers allemands. Leur efficacité et leur audace en font l’un des groupes les plus redoutés par l’occupant.
À l’automne 1943, le réseau est démantelé à la suite de filatures et de dénonciations. Arrêtés, torturés, jugés lors d’un procès expéditif, vingt-trois résistants sont condamnés à mort.
Le 21 février 1944, ils sont fusillés au Mont-Valérien. Parmi eux, Missak Manouchian laisse une dernière lettre à sa femme Mélinée, bouleversant testament d’amour, de lucidité et d’espérance.
Après leur exécution, les nazis orchestrent une vaste campagne de propagande destinée à discréditer ces résistants, les présentant comme des « terroristes étrangers ». Cette tentative d’infamie se retournera contre ses auteurs : avec le temps, ces visages sont devenus ceux de la Résistance héroïque, fraternelle et universelle.
L’« Affiche rouge » : une propagande devenue symbole de mémoire
Après l’arrestation et l’exécution des membres du Groupe Manouchian, l’occupant nazi et le régime de Vichy lancèrent une vaste opération de propagande destinée à discréditer la Résistance.
Placardée dans tout Paris et dans de nombreuses villes, la tristement célèbre Affiche rouge présentait les visages de dix résistants du groupe, accompagnés de slogans cherchant à les désigner comme des criminels, des terroristes, des « étrangers ».

Par cette affiche, l’ennemi tentait de dresser la population contre ceux qui luttaient pour sa liberté, en soulignant systématiquement leurs origines : Arménien, Polonais, Italien, Espagnol, Juif…
L’objectif était clair : opposer l’idée de nation à celle d’un engagement universel pour la liberté, et faire oublier que ces hommes étaient morts pour la France.
Mais cette propagande échoua. Très vite, l’Affiche rouge suscita l’émotion, parfois même l’admiration silencieuse.
Des passants écrivirent au crayon sur les murs : « Morts pour la France ».
Ce qui devait être un outil d’intimidation est devenu, avec le temps, l’un des symboles les plus forts de la Résistance et de la fraternité entre les peuples.
Une cérémonie de mémoire et de transmission
Lors de la cérémonie, l’UNADIF 38 était représentée par des membres de son Conseil d’administration, aux côtés des associations d’Anciens Combattants, de Résistants, de Déportés et d’Amis de la Résistance, réaffirmant son engagement constant pour la transmission de cette mémoire.
Les allocutions d’Amandine Demore, maire d’Échirolles, et de Daniel Marandjian, président de l’AACRAAF (Association des Anciens Combattants et Résistants Arméniens de l’Armée française), ont constitué un temps fort de la cérémonie. Elles ont rappelé avec gravité la portée historique, politique et profondément humaine du combat mené par le Groupe Manouchian, symbole d’une Résistance plurielle et fraternelle, portée par des femmes et des hommes venus d’horizons divers.
En faisant le lien avec les tensions et les fractures du monde contemporain — conflits armés, remise en cause du droit international, montée des nationalismes et désignation de l’autre comme menace — ces allocutions ont souligné combien l’histoire du Groupe Manouchian résonne avec une actualité inquiétante.
Elles ont rappelé que les mécanismes qui ont conduit aux drames des années 1930 ne surgissent jamais brutalement, mais s’installent progressivement, dans l’indifférence ou le renoncement, rendant plus que jamais nécessaire la vigilance citoyenne et la transmission de la mémoire.
L’appel des 23 martyrs, puis les lectures assurées par les élèves du lycée Marie Curie, issues d’ateliers d’écriture, avant les dépôts de gerbes, ont donné à cette commémoration une dimension particulièrement forte.
La lecture, par les élèves, de la dernière lettre de Missak Manouchian à Mélinée a saisi l’assistance par sa dignité et sa force morale.
Le Chant des Partisans, les hymnes nationaux français et arménien, ainsi que le salut aux drapeaux, ont souligné la dimension à la fois nationale et universelle de cet héritage.
Les interventions musicales de Milena Margaryan (chant), membre de la Maison de la Culture Arménienne de Grenoble et du Dauphiné, avec l’interprétation du chant patriotique arménien Zartir Lao, ont profondément marqué ce moment de recueillement partagé.
Milena Margaryan - Vidéo unadif38.fr
La cérémonie s’est conclue par un verre de l’amitié, offert par la Ville d’Échirolles, accompagné de spécialités arméniennes préparées par l’AACRAAF et des bénévoles, prolongeant cet hommage dans un esprit de fraternité.
À travers cette commémoration, c’est la mémoire du Groupe Manouchian qui continue de vivre : celle d’hommes et de femmes venus d’ailleurs, morts pour la liberté, et qui restent, aujourd’hui encore, nos frères de combat et de mémoire.
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Transmettre, encore et toujours
En participant à cette commémoration, l’UNADIF 38 réaffirme que la mémoire de la Résistance et de la Déportation n’est ni figée ni tournée vers le seul passé. Elle est un héritage vivant, fragile, qui nous oblige.
Se souvenir du Groupe Manouchian, c’est rappeler que la Résistance fut diverse, souvent étrangère, toujours profondément humaine. C’est dire aux jeunes générations que la liberté, la dignité et la solidarité n’ont jamais été des évidences, mais des conquêtes arrachées au prix de vies brisées.
Alors que le monde traverse aujourd’hui une période marquée par la montée des nationalismes, la banalisation des discours de haine, la désignation de boucs émissaires et la remise en cause des valeurs démocratiques, les échos des années 1930 résonnent avec une inquiétante familiarité.
L’histoire nous enseigne que l’indifférence, le renoncement et l’oubli ouvrent toujours la voie aux pires dérives.
Fidèle à ses missions, l’UNADIF 38 poursuit son engagement pour que ces noms, ces visages, ces parcours ne disparaissent pas dans le silence du temps.
Transmettre cette mémoire, c’est lutter contre l’oubli, contre la banalisation de la haine, et contre toutes les formes de négation de l’histoire. C’est aussi rappeler que la vigilance citoyenne demeure plus que jamais nécessaire.
Parce que la mémoire n’est pas seulement un devoir : elle est un acte de résistance.
« Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.»
Louis Aragon
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La lecture de la dernière lettre de Missak Manouchian à Mélinée reste un moment bouleversant. Merci d’avoir su en restituer toute la dignité et l’humanité
Cet hommage rappelle avec force que la Résistance fut plurielle et internationale. Ces combattants venus d’ailleurs sont morts pour la liberté et pour la France. Ne les oublions jamais
La lecture de cet article m’a profondément ému. Elle résonne avec mon histoire familiale et me rappelle l’importance de rester vigilant face aux dérives actuelles
En tant qu’enseignant, je salue la place donnée aux élèves et au travail de transmission. Cet article montre combien la mémoire peut être vivante et porteuse de sens pour les jeunes générations