Sur les traces de la Résistance et de la déportation : "Itinéraires dans les lieux de mémoire" Episode 7 : Le village martyr d'Oradour-sur-Glane
- Marie-Armelle FOUILLARD

- 13 juil.
- 4 min de lecture

Après Izieu et la tragédie des enfants arrêtés et déportés, notre itinéraire de mémoire (saison 1) s’achève dans un autre lieu devenu symbole de l’horreur nazie : Oradour-sur-Glane.
C'est un village entier qui a été martyrisé, froidement, méthodiquement et dont les ruines, les objets de la vie quotidienne calcinés sont un témoignage muet incroyablement émouvant.
Ce village, même s'il n'a pas été un haut lieu de résistance comme Vassieux en Vercors ou le plateau des Glières, révèle toute la fureur et la cruauté des SS. En cette période où la victoire d'Hitler devient incertaine et où l'étau des troupes alliées se resserre petit à petit, des troupes nazies n'hésitent pas à reporter sur des civils, hommes, femmes et enfants leur soif de vengeance aveugle.
Quand le drame survient
Nous sommes le 10 juin 1944, quelques jours après le débarquement en Normandie, à Oradour sur Glane, village situé en Haute-Vienne à 22 kilomètres au Nord-Ouest de Limoges. A 14 heures, la 3ème compagnie de Waffen SS de la division « Das Reich » qui remonte vers le front, investit le village.
Les SS rassemblent toute la population sur la place du marché appelé « le champ de foire ». D'un côté les hommes, de l'autre les femmes et les enfants ».
Les hommes sont emmenés dans des granges, abattus et brûlés.
Les femmes et les enfants sont enfermés dans l'église du village, avant d'être « mitraillés et brûlés vifs ».
Un vitrail de l’église est brisé. C’est par ce minuscule orifice que Marguerite Rouffanche, seule femme survivante, s’échappe.
Un témoignage poignant
Marguerite Rouffanche a témoigné dans un reportage du magazine d'actualité de FR3 Limoges en juin 1969.
Elle raconte l’arrivée des SS, la peur, l’attente et la séparation d’avec son mari et son fils qui ne voulait pas la lâcher.
Puis Marguerite Rouffanche décrit comment elle réussit à s'échapper de l'église, laissant ses filles mortes derrière elle. Blessée aux jambes par un tir de mitraillette, elle reste allongée dans le jardin, jusqu’au lendemain où elle est secourue.
Les pans de murs chancelants et noircis, les voitures, vélos, poussettes d’enfants calcinés, les ruines de l’église criblés de trous de balle sont les stigmates de ce déferlement de haine et de cruauté nazies.
Tout est resté en l’état, pour que ce village martyr ne tombe pas dans l’oubli. Ainsi, les visiteurs prennent la mesure de cette journée tragique.
Le bilan est terrible : 643 victimes. Seules 6 personnes réussirent à échapper aux soldats allemands, devenant les seuls rescapés du plus important massacre de civils français de la Seconde Guerre mondiale.
Source photos : routard.com
Le massacre ne restera pas impuni
Le 12 janvier 1953 à Bordeaux, s'ouvrait le procès d'Oradour-sur-Glane.
Ce procès engendra un malaise dans l'opinion publique, en raison de la participation au massacre d'Alsaciens enrôlés de force dans la Waffen SS, « les Malgré Nous ».
Parmi les dix-neuf accusés présents dans le box comparaissaient sept soldats allemands - dont l’adjudant Karl Lenz - le plus haut gradé, et quatorze Alsaciens.
Le verdict fut prononcé le 12 février 1953. Côté allemand : Karl Lenz a été condamné à mort, et les autres à des peines de prisons et de travaux forcés de dix à douze ans.
Quarante-quatre autres condamnations capitales par contumace furent prononcées.
Côté français : Georges René Boss fut également condamné à mort. Quant aux autres, malgré leur jeune âge et une faible implication, ils furent reconnus coupables à l’unanimité et condamnés à des travaux forcés et à des peines d’emprisonnement de cinq à huit ans. Un verdict qui provoqua la stupeur dans le prétoire et en Alsace.
La reconstruction
Malgré ce drame, le village d’Oradour sur Glane se reconstruit et 42 personnes y habitent en 1947. Le cordonnier, le boulanger, le mécanicien se réinstallent et la poste ouvre un bureau. Onze jeunes garçons composent l’équipe de football du village ressuscité.
Aujourd’hui, la population légale officielle au 1er janvier 2025 est de 2 517 habitants.
Le village martyr d'Oradour sur Glane, lieu de mémoire et de recueillement
Si vous avez l'occasion de vous rendre à Oradour sur Glane, vous pourrez déambuler dans les rues désertes du village, entrer dans les maisons en ruines et explorer les différents lieux de vie des habitants.
Certaines pièces ont été laissées exactement comme elles étaient au moment du massacre, ce qui crée une atmosphère particulièrement poignante.
Le cimetière d’Oradour-sur-Glane est un lieu de recueillement où sont enterrées les victimes du massacre. Vous pourrez y voir les tombes individuelles ainsi qu’un monument commémoratif en hommage aux habitants du village.
Avec Oradour-sur-Glane, s’achève cette première saison de notre série « Itinéraires dans les lieux de mémoire ».
De Paris au Vercors, de Grenoble aux Glières, d’Izieu à Oradour, chaque étape a montré combien la mémoire de la Résistance et de la Déportation reste vivante et nécessaire.
Mais ce chemin de mémoire ne s’arrête pas là.
Une nouvelle saison vous conduira bientôt vers d’autres lieux, d’autres visages et d’autres récits, toujours pour éclairer notre présent à la lumière du passé.
« Se souvenir n’est pas tourner le regard vers hier, mais donner sens et force à demain. »
Retrouvez les 6 autres épisodes de la saison 1 :
Episode 1 : Le cimetière du père Lachaise
Episode 2 : La résistance dans le Vercors
Episode 3 : Lieux de résistance à Grenoble
Episode 4 : La maison du docteur Dugoujon
Episode 5 : Le plateau des Glières
Episode 6 : La Maison des enfants d’Izieu
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